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"Le protocole entre la ville de Nanterre et le Racing Arena concrétise la concertation" Imprimer

gpbLa concertation publique autour du projet Arena, commencée le 18 octobre 2010, doit s’arrêter le 16 décembre prochain, lors de la dernière réunion publique prévue (maison Daniel Féry à 19 h). A mi-course, c’est l’occasion de faire le point avec Gérard Perreau Bezouille, 1er adjoint au maire chargé des Finances et Achats, de la Ville-monde (international) et de la Vie urbaine, sur ce processus de concertation, le protocole en cours d’élaboration entre le promoteur et la ville, mais aussi les enjeux pour la ville de Nanterre. Interview.

Q - Quel regard portez-vous sur le processus de concertation engagé à Nanterre autour du projet Arena ?

Gérard Perreau Bezouille : "Je travaille depuis des années à Nanterre sur les questions participatives, les assises pour la ville, ces démarches qui nous permettent de  vivre mieux ensemble. Et je le dis avec force : l’Arena ne peut pas intégrer Nanterre sans ce travail préalable de concertation. L’Arena ne pourra d’ailleurs pas intégrer Nanterre si le projet n’obtient pas le feu vert des Nanterriens suite à cette phase de concertation.
Très vite, après la première réunion publique, vue l’importance des questions posées par les habitants, est née l’idée d’écrire un protocole liant les deux partenaires, le Racing Arena (promoteur et futur exploitant de l’Arena) et la ville de Nanterre. Car le Racing s’engage souvent devant les habitants lors de ces réunions, mais ensuite les habitants s’interrogent : d’accord, nous entendons vos engagements mais quelles garanties avons-nous que vous les tiendrez? Pour qu’on avance tous ensemble, il est important que l’on traduise ces engagements par écrit. Le protocole donne un cadre, il institutionnalise notre partenariat, concrétise la concertation."


CreditsEPASA_CyrilleWeinerQ - Sur quels domaines porte ce protocole ? 

Gérard Perreau Bezouille : "Il s’intéresse prioritairement aux questions d’emploi et d’insertion. Il faut être ambitieux quant à la place des Nanterriens dans l’emploi créé ou généré par l’Arena. Nous voulons inscrire dans le protocole que 45% au moins des emplois temporaires (stadiers, stewards, hôtesses : environ 800 à 1000 emplois lors de chaque grand événement de plus de 20 000 spectateurs) aillent aux Nanterriens. Nous souhaitons aussi favoriser les entreprises locales et soutenir  les emplois en insertion pendant la période de construction de l’Arena (environ deux ans) puis pendant son fonctionnement.
L’Arena est un projet d’initiative privée qui impacte le quartier et  toute la ville...  Le protocole doit donc aussi prendre en compte ces impacts et les limiter, les contrôler le plus possible.
Par exemple, nous voulons contractualiser le nombre de « grands événements » chaque année, ceux qui attireront plus de 20 000 spectateurs, ceux également qui génèreront le plus de contraintes pour le quartier. Comme ces grands événements entraînent plus de besoins en sécurité, en animation, en nettoyage, ils représentent forcément plus de coûts pour la ville ; d’où l’importance de fixer leur nombre maximum.
Côté accessibilité tarifaire également, nous souhaitons aller le plus loin possible : même si le promoteur ne peut pas s’engager à la place des  producteurs de spectacles à qui il louera l’Arena, on peut vérifier comment il introduit cette question dans le cahier des charges qu’il donnera à ces producteurs. De toute façon, compte tenu de la capacité de la salle, tous les publics seront ciblés, avec des places à différents niveaux de tarifs.
 Mais il ne suffit pas de lister des engagements, il faut aussi se donner  les moyens de vérifier qu’ils sont bien tenus. Le protocole prévoit donc la création d’un comité de suivi, une instance de pilotage qui se réunira régulièrement et qui devra pouvoir obtenir les moyens nécessaires à une bonne évaluation : calendrier partagé, bilans financiers… Cela donnera de la transparence au protocole et à son suivi.
A chaque étape la ville de Nanterre accompagne ce projet en soupesant les aspects positifs et négatifs. A plusieurs reprises, une majorité au conseil municipal a estimé que le pour l’emportait sur le contre et que cela valait la peine de continuer à travailler sur le projet. Le protocole devrait servir en quelque sorte de « garde-fou »  pour acter le positif et surmonter, compenser les aspects négatifs. Rien de tel que le débat public pour nous permettre d’avancer dans ce sens."


Q - Vous avez évoqué les questions de sécurité, de nettoyage, d’animation. Quels coûts l’arrivée de l’Arena va-t-elle entraîner pour la ville ?

Gérard Perreau Bezouille : "Il faudra veiller à ce que, au minimum, s’équilibrent les recettes fiscales apportées par l’Arena et  les coûts financiers induits par l’exploitation d’un tel équipement notamment pour ces questions de nettoyage ou de sécurité. Mais la ville, ses habitants, bénéficieront indirectement de nombreux effets positifs : ainsi l’installation de nouveaux commerces entraînera de nouvelles recettes fiscales. En termes d’image aussi, cet équipement valorisera Nanterre, il rendra la ville plus attractive pour les gens qui vivent ici, pour ceux qui travaillent ici, pour les touristes qui visitent l’Arche, pour les entreprises qui auront envie de s’installer à Nanterre après l’arrivée de l’Arena..
Surtout, ce sera un motif de « fierté de soi » pour les habitants, un peu comme le théâtre des Amandiers : par-delà la fréquentation, les Nanterriens sont fiers d’avoir un équipement de ce niveau chez eux. Bien sûr, cela n’obère pas pour autant le travail mené dans les autres équipements de la ville par les associations et les acteurs culturels.
De la même façon l’Arena n’arrive pas dans un désert sportif, ce qui serait alors une provocation. Mais dans une ville où ces 15 dernières années, on a rénové quasiment tous les équipements sportifs. On a reconstruit les terrains des Bords de Seine, l’équipement des Chenevreux, on a dix mille licenciés sportifs dans la ville, une équipe pro de basket, une équipe pro de handball, toutes deux forgées sur le tissu local dans la lien au « sport de tous ». Dans un tel environnement, la greffe Arena devrait bien prendre ! Les Nanterriens seront d’ailleurs très heureux de recevoir, si cela se concrétise, la Coupe du Monde de handball prévue pour 2015 -le Racing a déjà posé la candidature de l’Arena 92. Accueillir une telle compétition -ou bien les Mondiaux d’athlétisme indoor comme cela a été évoqué lors de la visite du site des Bouvets le 27 novembre- serait incontestablement un temps fort pour Nanterre."


Q - Au-delà du bénéfice en termes d’image, quels sont les véritables enjeux de l’arrivée de l’Arena pour Nanterre, particulièrement au niveau de sa place dans la métropole régionale ?

Gérard Perreau Bezouille : "Une nouvelle équation est en train de se mettre en place actuellement dans la métropole francilienne: elle s’appuie sur le dépassement du vieux modèle centre-périphérie, et son développement traditionnel par cercles concentriques. Ce vieux modèle ultra-centralisé est aujourd’hui battu en brèche un peu partout dans le monde. A la place, on voit apparaître des métropoles multi-polaires, avec plusieurs centres d’activité, d’animation et de vie qui co-existent, se complètent, se renforcent les uns les autres. Paris reste bien sûr un centre historique incontournable. Le pôle Ouest parisien, auquel nous appartenons, a été longtemps assimilé à la seule vision étriquée du centre financier. Il faut apporter de la vie et de l’animation dans ces zones qui ont été volontairement conçues par l’EPAD de façon mono-fonctionnelle dans un soi-disant souci d’efficacité. On sait que cela ne marche pas ! On sait aujourd’hui que les gens ont besoin  d’avoir, près de leur lieu de travail, leurs logements, une offre de culture, de sport, d’animation. L’Arena peut, avec un renforcement de l’offre en logements, contrebalancer la spécialisation bureaux / tertiaire de La Défense et donc créer un pôle alliant « ville à produire » et « ville à vivre » juste à côté de Paris.
L’enjeu pour Nanterre c’est de contribuer à cette création d’une métropole moderne d’une façon qui soit inclusive. Pour cela Nanterre doit être capable d’offrir logements accessibles, loisirs et travail pour garder sa population mixte, populaire et bigarrée. Jusqu’à présent la métropole parisienne a toujours fonctionné en expulsant les classes populaires plus loin dans la périphérie. Notre défi à Nanterre, c’est de proposer des logements, y compris sociaux de qualité, à côté du quartier d’affaires et de développer un lieu structurant comme l’Arena qui ne soit pas réservé qu’aux classes moyennes.
Pour conclure, je voudrais revenir sur la taille de cet équipement, que certains trouvent trop grand pour le quartier et pour la ville. Pour moi, la dimension de cette Arena  entre en résonance avec la démesure des masses financières qui transitent souvent sans contrôle par les centres d’affaires - à La Défense par exemple- et la démesure des enjeux de pouvoir  qui s’y jouent. Face à cette démesure, je voudrais opposer une sobriété sereine, celle de l’avenir que nous souhaitons pour Nanterre: une ville moderne, équilibrée entre emplois, activités, logements, loisirs, services, une ville aux populations métissées et multiples. Cet avenir, nous ne pourrons le dessiner qu’avec la participation et sous le contrôle de tous ceux qui vivent, étudient et travaillent à Nanterre."