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"Economie de l'entertainment ou création artistique" Imprimer

Pour Leslie Thomas, administratrice du Théâtre des Amandiers à Nanterre, le théâtre des Amandiers et l'Arena bien que très différents l'un de l'autre peuvent tout à fait cohabiter à condition que la ville poursuive sa politique culturelle ambitieuse, principalement en matière d'accès de tous à la culture. Interview.

"Il n'existe pas de salle d'envergure dans l'Ouest parisien donc c'est intéressant en termes de structure urbaine. Au début, je me suis demandée quel était l'enjeu pour Nanterre, je pense finalement que ce sera un pôle d'attractivité important en entrée de ville, un rééquilibrage par rapport à La Défense. Mais j'espère aussi que cette arrivée ne va pas se produire au détriment de la politique culturelle de la ville.   

Au théâtre des Amandiers, nous sommes vraiment à l'opposé de l'Arena. 
Sur le fond, un projet comme l'Arena produit de l'événementiel. Au théâtre des Amandiers aussi, bien sûr, on cherche à faire événement! Mais nous sommes un théâtre de création et d'art doté d' une mission de service public, un centre dramatique national, une fabrique de théâtre avec des ateliers de création de décors et de costumes. Notre cahier des charges est très précis, on initie des spectacles et on organise des tournées. Notre objet est donc vraiment décalé par rapport à l'esprit de l'Arena qui repose sur une économie de l'entertainement plus que sur la création artistique
Sur la forme, l'Arena proposera des événements uniques alors que nous pratiquons une construction de spectacles qui s'inscrit dans la durée, avec des durées d'exploitation qui sont longues, de 4, 5 ou 6 semaines.
Côté politique tarifaire enfin : l'accès à la culture pour tous est aussi une de nos missions. A l'Arena, les tarifs seront certainement élevés avec des prix proches des  60-70 euros, soit nettement plus que ceux pratiqués aux Amandiers : 25 euros maximum -et beaucoup de réductions!

Artisans de la culture et industriels du divertissement

Nous ne travaillons pas non plus sur les mêmes jauges : notre plus grande salle accueille 850 personnes (contre 40 000 à l'Arena)! Bien sûr, nous nous attachons à ce que les artistes et les oeuvres que nous produisons rencontrent le plus grand nombre de personnes ; mais sur un an, nous touchons environ 75 000 spectateurs... soit moins de deux concerts à l'Arena.  Nous sommes des artisans, ils pratiquent l'industrie du divertissement. Bref nous n'aurons pas grand-chose en commun, ce qui ne nous empêchera pas de cohabiter!
Si le projet se réalise, j'irai moi-même d'ailleurs avec plaisir assister à quelques grands spectacles à l'Arena, des concerts comme Madonna ou pourquoi pas un opéra.

Un risque existe que l'arrivée de l'Arena entraîne une mutualisation des moyens et donc une réduction des aides accordées au tissu culturel de la ville. A Nanterre, les acteurs culturels travaillent à l'échelle du territoire, avec les associations, les artistes locaux. C'est un maillage qui est fragile. J'ai peu d'inquiétude que la politique culturelle change à Nanterre mais j'espère que les politiques ne penseront pas que l'Arena représente la culture d'aujourd'hui. Nous devons continuer à proposer une alternative à ce qu'on voit à la télé.

Rentabilité et intérêt général

Il faudra également veiller à ce que l'arrivée de l'Arena n'obère pas le plan de reconstruction du théâtre financé conjointement par l'Etat, le Conseil Général, la Ville et la Région : il s'agit de construire un bâtiment aux normes d'accessibilité et respectant également les nouvelles normes environnementales, l'installation dans nos nouveaux locaux est prévue pour  2015.

Nos offres seront donc très différentes. On pourrait imaginer travailler ensemble, mais pour faire quoi, pour construire quoi? Il ne faudra pas jouer une offre contre l'autre : la logique de la rentabilité contre celle de l'intérêt général, la logique d'un produit industriel face à celle de l'artisanal et du prototype. "