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L’expérience des associations des riverains du Stade de France Imprimer

Roland Legros est le président de l'Union des Associations des Riverains du Stade de France. Il a suivi toute l'évolution des relations avec le Stade de France depuis le début des travaux, en 1995. Il présente ici les actions menées par son association pour lutter contre certaines nuisances notamment sonores. Nuisances sonores qui seront beaucoup moins problématiques à l'Arena car l'équipement sera totalement fermé lors des concerts. Voici son expérience...

A noter que les deux équipements sont très différents par la nature des sports qu'ils accueillent (beaucoup de football à Saint-Denis, seulement du rugby à Nanterre) et surtout côté taille : le Stade de France peut accueillir 90 000 spectateurs soit deux fois plus que la jauge maximum de l'Arena de Nanterre.

"Après dix ans de bataille, nous avons réussi à nous faire entendre et reconnaître comme association de référence par les institutionnels, les municipalités, la Préfecture, l'Intercommunalité Plaine Commune etc. Aujourd'hui, tous nos partenaires nous écoutent et agissent à nos côtés en cas de problème. Et c'est très utile!
D'une manière générale, je conseille aux associations de riverains du projet Arena d'instaurer très vite un comité de suivi, pour la durée du chantier et au-delà, afin de s'imposer comme un interlocuteur à part entière, une voix qui compte. Si nous avions créé cette Union des associations de riverains dès le départ, nous aurions été moins dans le combat contre l'équipement, nous aurions tous collaboré et travaillé mieux et plus vite pour résoudre les problèmes et réduire les nuisances !

Travailler en amont

Car nous avons obtenu des résultats! Par exemple, l'édition 2008 du concert David Guetta – UNIGHTED - avait été très difficile pour les riverains : le niveau de décibels était très élevé, avec trop de basses fréquences. Cette année-là, les amateurs de ce genre de musique ont payé pour ne pas dormir, mais les riverains aussi n’ont pas fermé l’oeil et sans payer !
Des réunions de travail ont été organisées avec les producteurs et les organisateurs pour régler les problèmes sonores : les décibels ont été limités à 95, les blocs enceintes descendus plus près de la pelouse et du public (le son se dispersait donc moins aux alentours), nous avons obtenu des "limiteurs de bruit" et des essais ont été effectués en notre présence à 200-300 mètres autour du stade. Nous avons également assisté comme observateurs-invités au concert.
Résultat : la seconde édition du concert Guetta s'est déroulée avec moins de problèmes ! Grâce à ce travail en commun en amont, les conséquences extérieures ont été totalement différentes alors que l'événement était identique.

Le sens d'installation des enceintes

C'est important aussi de veiller au sens d'installation des enceintes : au Stade de France, un choix lors des concerts, la scène tourne le dos à la ville et envoie les sons vers le sud, zone de La Plaine plus lointaine.   Il existe encore une exception chez certains groupes qui jouent à 360 ° !
Il y a des expériences intéressantes à reprendre partout. Quand je suis allé à Wembley par exemple, il y a quelques années, les riverains m'ont expliqué qu'ils avaient obtenu l'interdiction du survol du stade par des hélicoptères durant les matchs et les concerts : un ballon captif a été installé au-dessus de l'équipement et les télévisions louent un emplacement pour leurs caméras. On a donc toujours de belles images! (A noter que ce problème ne risque pas de se poser à Nanterre, car le toit de l'Arena sera souvent fermé)

Gros embouteillages en fin de soirée

Un problème que nous n'avons en revanche pas encore résolu entièrement à Saint-Denis est celui du stationnement et de la communication: il est encore difficile de savoir AVANT qu'un événement va avoir lieu. Les affiches réglementaires en format lettre (A4), toutes petites, passent totalement inaperçues. Avec des conséquences inattendues par exemple de ne pas retrouver sa voiture car elle a été embarquée par les forces de police parce que le stationnement les soirs d'événement ou de matchs est très restreint.
Il faut absolument trouver un autre moyen de communiquer : nous réfléchissons  à proposer une signalétique au sol avec une couleur différente indiquant clairement qu'on se gare dans un quartier à risque et qu'il vaut mieux se renseigner avant de laisser sa voiture... C'est bien sûr également très compliqué quand on reçoit des invités les soirs de match : nous avons lancé il y a plusieurs années des pétitions contre ce sentiment d'"otages", en cas d'événements... Aucun problème au début des manifestations : les arrivées sont étalées sur deux heures ou plus. Mais si vous ou vos amis voulez quitter le quartier entre 23 heures et une heure du matin, gros embouteillages assurés!

La question cruciale des toilettes autour du stade

Même combat autour d'un problème dont on parle peu mais qui est bien réel : les toilettes. Lors de certains concerts, les spectateurs viennent tôt le matin ou même la veille, ils piquent-niquent autour du stade, dans les parkings, parfois en famille, boivent beaucoup surtout l'été et évidemment arrive un moment où il faut évacuer tout cela... Des besoins naturels qui pendant longtemps n'ont absolument pas été pris en compte. J'ai beaucoup tempêté à ce sujet, on m'a même surnommé "Monsieur Pissotière"! C'est toujours incompréhensible pour moi qu'en construisant de beaux équipements comme celui-là, on ne prévoit rien pour nos ventres et nos vessies!
Ce problème a enfin été résolu : depuis l’automne dernier, nous avons obtenu que les autorités locales et les organisateurs prennent en charge l'installation de 25 à 30 cabines de toilettes autour du Stade de France (nombre variable selon les manifestations). A terme, il faut obtenir une réflexion plus pérenne, c’est notre demande !"

Pour en savoir plus, lire la plaquette éditée par l'Union des Associations des Riverains du Stade de France à l'occasion de ses 10 ans.