Accueil Actualités Du travail pour les jeunes à l’Arena ? L'exemple de la société S3G chargée de la sécurité au Stade de France
Du travail pour les jeunes à l’Arena ? L'exemple de la société S3G chargée de la sécurité au Stade de France Imprimer

stade-de-france-002Depuis le début du chantier du Stade de France, la société S3G embauche en priorité des jeunes en insertion du bassin d’emploi de Saint-Denis. Une démarche sociale soutenue par le consortium Stade de France qui peut être un exemple à suivre pour l’Arena de Nanterre.
Rencontre avec  Mustapha Abba-Sany,  responsable d’exploitation et Abdelkrim Hamdoune, responsable administratif et des ressources humaines.

A l’origine de la société S3G : Ahmed Guenad, fils d’immigrés algériens installés dans la cité du Franc-Moisin, à Saint-Denis, devenu ensuite champion d'Europe de karaté et vice-champion du monde de kick-boxing. Fervent défenseur de l’insertion par le sport, il recrute des jeunes issus de quartiers populaires, dès la création de sa société de gardiennage en 1992. Depuis son décès d’un cancer en mars 2008, sa société continue à se développer en respectant cet engagement fondateur d’insertion professionnelle. Elle assure aujourd’hui la sécurité de magasins, entrepôts ou banques un peu partout en Ile-de-France.

Question : Comment Ahmed Guenad a-t-il obtenu le marché de la sécurité du Stade de France ?
Réponse : C’est la municipalité de Saint-Denis qui l’a mis en contact au début du chantier du Stade de France avec les constructeurs du stade. Ahmed Guenad était très impliqué dans la vie associative sportive et économique locale. Les promoteurs avaient signé avec Saint-Denis et les communes environnantes une convention pour favoriser l’emploi local. Au départ, nous avons donc monté des sessions de recrutement avec l’ANPE, les missions locales et les associations de quartier. Aujourd’hui, nous continuons à recruter en priorité des jeunes de Plaine Commune même si certains de nos agents temporaires, mobilisés pour de grands événements, viennent de toute l’Ile-de-France, voire plus loin.

Question : Comment recrutez-vous aujourd’hui vos agents de sécurité ?
Réponse : Nous travaillons toujours bien sûr avec le Pôle Emploi et les missions locales mais nous signons également des conventions tripartites, comme celle qui nous lie avec la mairie d’Aubervilliers et un centre de formation de Courbevoie.
Il faut savoir que la profession est devenue très règlementée. Depuis 2009, pour travailler comme agent de sécurité, et même comme stadier temporaire, il faut être titulaire d’un Certificat de Qualification Professionnelle accessible après 70 heures de formation, CQP valable 5 ans. Cette convention nous permet de présélectionner les jeunes intéressés, de les former, puis de les faire travailler. Les jeunes apprennent la législation, certains aspects pratiques du travail (la palpation) ainsi que des notions de base d’assistance et de secours à la personne, afin de pouvoir intervenir très vite en cas de problème médical. La formation coûte plusieurs centaines d’euros mais grâce à cette convention les jeunes n’ont rien à débourser. La mairie d’Aubervilliers leur demande seulement en échange deux journées d’action civique pour la municipalité. Depuis la mise en place du CQP, nous avons pris en charge la formation de 180 jeunes.

Question : Tout le monde peut-il devenir agent de sécurité ?
Réponse : Non, l’agent n’est agréé qu’après une enquête de moralité. Il est donc très important pour nous de connaître les antécédents judiciaires des jeunes ; certains délits comme les outrages à agent, le non-paiement de pension alimentaire ou encore d’amendes pour infraction routière peuvent être rédhibitoires. Pour ne pas exclure les jeunes qui ont eu maille à partir avec la justice, certaines associations mettent en place un service juridique gratuit afin de faire annuler des condamnations et de leur donner une nouvelle chance. Et pour éviter de leur faire suivre pour rien la formation, nous envoyons une demande préalable à la Préfecture de police. Les jeunes acceptés à ce pré-contrôle ont 99% de chances d’avoir ensuite leur carte professionnelle.

Question : Qui sont les jeunes que vous recrutez ?
Réponse : Garçon ou fille, nous sommes attentifs à ne faire aucune discrimination! Il faut oublier le cliché de l’agent de sécurité balèze avec ses gros bras. Les femmes savent très bien dénouer les situations de tension. Nos agents sont en général des jeunes, avec une moyenne d’âge de moins de 25 ans. Et on peut leur faire confiance, ils travaillent très bien ! Ils sont responsables, consciencieux et ponctuels. Certains, recrutés comme stadiers temporaires, sont devenus cadres chez nous.
Le rôle de nos agents est surtout de faire de l’accueil et de la prévention. Au Stade de France, ils ont des missions variées : le contrôle de billetterie, la palpation, le placement dans les tribunes, la surveillance du public pendant le match, le contrôle d’accès des parkings, des pelouses et  des salons VIP….

Question : Combien de personnes employez-vous au Stade de France ?
Réponse : Nous avons 40 employés permanents dédiés à ce site, dont quinze viennent de l’événementiel. Car nous recrutons bien sûr du personnel temporaire pour les grands événements, les finales de foot des Clubs Champions ou les grands concerts par exemple. Pour ces événements, nous employons 400 stadiers (en tout, le Stade de France emploie 800 à 1200 agents de sécurité quand le stade est plein) et nous avons un vivier de 1 500 personnes, avec un fort turn-over.  Nous avons fait travailler au moins 5 000 personnes depuis 1998… Pour chaque événementiel, la mission dure 6 heures et est rémunérée 10 euros net de l’heure. Et les agents temporaires ont en moyenne 2-3 missions chaque mois.  Nos agents de sécurité permanents à temps plein sont payés 1200/1300 euros net par mois. Ils peuvent faire des heures supplémentaires pour nous ou bien au sein d'autres sociétés de sécurité privée, au Parc des Princes ou à Paris-Bercy pendant le temps libre qu'ils ont avec nous.

Question : Quels sont les principaux problèmes de sécurité au Stade de France ?
Réponse : Le plus gros travail pour nous lors des matchs de foot, ce sont les banderoles interdites, à caractère raciste, sexiste, xénophobe ou diffamatoire qu’il nous faut faire disparaître très vite. Sinon, nous avons à gérer des personnes en état d’ébriété, des agressions verbales, rarement physiques et de la gêne aux spectateurs. Pendant les événements, nous travaillons en collaboration avec des officiers de police judiciaire qui sont présents sur le stade et peuvent interpeller les personnes qui posent problème, les placer en détention provisoire et leur dresser procès-verbal. Le Stade de France est un peu la vitrine des stades français, tout incident est commenté, l’affaire de la banderole contre les chtis nous a fait beaucoup de mal...
Sinon, depuis 1998, nous n’avons jamais eu aucune agression contre le stade, pas un seul tag, certainement grâce à notre politique d’insertion professionnelle et d’embauche de jeunes issus des quartiers avoisinants. Une politique qui n’a été  possible qu’avec le soutien des responsables du Stade de France.